Comptables et comptabilités de la fin du Moyen Âge

Codicologie, diplomatique, prosopographie

 

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Projet global

Rencontre 1 - Introduction à l'enquête

10 octobre 2008 - Lille

Université de Lille 3
Laboratoire IRHiS (UMR 8529)
Coordinateur scientifique : Patrice Beck
patrice.beck@univ-lille3.fr

PROGRAMME

- Accueil :
Patrice Beck (IRHiS) : Rappel du projet d’enquête - Tour de table de présentation des participants
Discussion : panel présent, panel souhaitable
- Communication :
Paul Bertrand (IRHT), Autour des documents comptables : les archives de Thierry d’Hirson (fin XIIIe-début XIVe s.). Expériences codicologiques et diplomatiques.
Discussion : réflexion sur une grille commune d’analyse codicologique et diplomatique des comptabilités.
- Communication :
Martine Aubry (IRHiS), Approche bibliographique des comptabilités médiévales.
Discussion : réflexion sur l’organisation du groupe de travail, la constitution d’outils communs de dépouillement, de bases de données et d’instruments de communication « en ligne ».

COMPTE RENDU DE SÉANCE

1. Rappel du projet d’enquête

L’importance des archives comptables médiévales conservées depuis le XIIIe siècle en Europe est bien connue : leur contenu a suscité et continue de nourrir nombre d’études d’histoire sociale, économique ou institutionnelle, d’histoire agraire, urbaine ou des techniques…
Mais aucune étude codicologique et diplomatique précise n’en a été jusqu’à présent tentée et les conditions de constitution des documents restent fort mal connues…
Pourtant, s’attacher à l’analyse de la matérialité du document et de l’organisation de l’information, à celle du choix des termes et de l’usage des chiffres dans des registres administratifs conservés en séries bien datées et localisées, présente l’intérêt de donner des arguments pour révéler à la fois les buts poursuivis par l’administration émettrice et les compétences de ses agents, pour définir ainsi les enjeux de l’usage de l’écrit et les stratégies des pouvoirs développées en la matière…
C’est en tout cas une orientation historiographique qui depuis peu se développe fortement, comme l’indique clairement le nombre des manifestations survenues en 2008 (liste sans doute non exhaustive) : en janvier la seconde réunion du groupe de travail sur Les fonds diplomatiques bourguignons organisée à Dijon par l’UMR Artehis ; en mai, le colloque Décrire, inventorier, enregistrer entre Seine et Rhin au Moyen Âge. Formes, fonctions et usages des écrits de gestion organisé par le département d’Histoire de l’Université de Namur ; en juin à Paris la séance inaugurale du Groupement de Recherches Diplomatique du CNRS ; en septembre à l’Université d’Artois les secondes journées d’études sur Les comtes d’Artois et leur Trésor des chartes ; en octobre la publication des projets sélectionnées par l’Agence Nationale de la Recherche sur le programme Gouverner et administrer ; en novembre à Louvain-la-Neuve, la table-ronde organisée sur Les documents comptables, repérage et approche critique (XIIe-XVe siècles) afin d’envisager la production de volumes dans la collection « Typologie des sources du Moyen Âge occidental ».
Dans ce contexte de « retour aux sources », c’est-à-dire d’attention portée au document lui-même et non plus seulement à son contenu, il s’agit ici de mettre en place les moyens d’une enquête offrant des éléments de réponses à la question suivante : comment et par qui les princes et les seigneurs, les édiles et les marchands, les moines et les chanoines font-ils tenir leurs comptes, en Europe occidentale aux temps de la « Genèse médiévale des Etats modernes (vers 1300-vers 1550) ?

Tour de table de présentation des participants :

Aubry Martine, Beck Patrice, Berland Florence, Bernardi Philippe, Bertrand Paul, Boisseuil Didier, Bouazza Charlotte, Bourlet Caroline, Bretthauer Isabelle, Brunel Ghislain, Casset Marie, Chareille Pascal, Couvel Fabiene, Curveiller Stéphane, De Oliveira Matthieu, Duceppe-Lamarre François, Jalabert Marie-Laure, Jéhanno Christine, Lamassé Stéphane, Legay Marie-Laure, Leguil Matthieu, Leroux Serge, Lochot Éliane, Loubet Christelle, Melo Arnaldo, Stantamaria Jean-Baptiste.

Discussion

LE PANEL
- Le panel est bon tant du point de vue chronologique que sociologique : entre XIIIe et XVe siècle, les milieux ecclésiastiques et hospitaliers, urbains, princiers et seigneuriaux paraissent convenablement représentés.
- Les terres bourguignonnes sont particulièrement bien couvertes et il y a là de quoi bâtir un programme cohérent et il conviendrait d’organiser une réunion spécifique pour coordination.
- Le panel présente cependant des faiblesses dans sa couverture spatiale : les aires espagnoles, germaniques et anglaises devraient être représentées. Il serait souhaitable aussi que les enquêtes se développent plus vers les Temps Modernes pour établir le lien avec les thématiques ultérieures.

LA DÉFINITION DE L’OBJET D’ÉTUDE
- Difficulté car beaucoup de documents administratifs associent peu ou prou des mots et des chiffres mais sont-ils tous des comptes ? Ces documents se trouvent isolés ou en séries, se présentent sous différentes formes depuis le brouillon partiel jusqu’au registre normalisé et mis en scène, concernent des « institutions » d’échelles fort variable de l’État à la petite entreprise privée, servent sans doute à compter mais seulement à compter ? Que Choisir ?
- Il est possible de désigner notre « cœur de cible » : tout document établissant un état des recettes et/ou des dépenses induites par la gestion de biens et/ou de droits sur des personnes.
- Les séries seront privilégiées pour étudier les évolutions dans le temps le plus long possible.
- Les comptabilités éparses ne seront pas pour autant négligées quand elles peuvent permettre d’éclairer une zone isolée ou de comparer les pratiques d’institutions voisines ne serait-ce que sur une seule année.
- Les documents préparatoires (brouillon, cédules, quittances…) seront recherchés et confrontés aux documents finaux afin de mettre en lumière la chaîne de production du compte.
- Les documents indexés (chartriers, censiers, terriers, actes notariés cités dans les comptes pour servir de références) sont donc distingués et ne peuvent donc faire l’objet ici de la même attention mais il est vrai que leur analyse formelle peut être amorcée pour replacer, chose essentielle, les comptabilités dans leur contexte de fonctionnement.

2. Communication de Paul Bertrand (IRHT), Autour des documents comptables : les archives de Thierry d’Hirson (fin XIIIe-début XIVe s.). Expériences codicologiques et diplomatiques.

C’est l’homme de main de Mahaut d’Artois mais aussi le conseiller de Philippe-le-Bel, mort en 1328 alors qu’il est évêque d’Arras ; il est à la tête d’un patrimoine bourbonnais, parisien, artésien ; de leur gestion sont conservés des rouleaux comptables sur 35 années parmi des archives comprenant 26 000 pièces intégrées à celles du comté d’Artois (série A des archives départementales du Pas-de-Calais). Voilà un puissant exemple permettant d’identifier les orientations principales que peut prendre notre enquête collective, de proposer un « programme minimum commun » d’analyses.
- L’unité codicologique de rédaction et la chaîne opératoire : décortiquer l’objet parvenu jusqu’à nous pour y retrouver la forme du support au temps initial de l’écriture puis aux différents moments de sa manipulation : l’unité d’écriture est-ce le feuillet, le rouleau, le cahier, le registre ? Identifier donc les « couches comptables » via les « mains » et les annotations : depuis les brouillons, quittances et cédules jusqu’aux comptes rédigés ; des comptes rédigés à leur contrôle et à leur clôture ; des différents usages des comptes et de leur archivage ; de leur fonction d’ « archives vives » à leur état d’ « archives mortes », parfois réactivées comme au moment du passage entre Ancien Régime et République…
- Le style et la mise en page : l’analyse de la gestion du support (côté poil/côté chair du parchemin ou bien position du filigrane du papier), le dispositif de la réglure, l’aspect sinon la composition des encres ainsi que la valeur ajoutée par le(s) décor(s) est doublement justifié : en termes prosopographiques pour pister les « écoles » et les « modèles », leur diffusion dans le temps, dans l’espace et l’épaisseur sociale (ici la « filiation » entre Mahaut d’Artois et Thierry d’Hirson est forte) ; en termes socio-politiques pour révéler les enjeux de la comptabilité qui ne sert visiblement pas qu’à compter mais aussi à montrer et contrôler son droit (pouvoir) à gérer des biens et des personnes.
- La composition du compte : quel ordre d’énoncé et donc quelle logique et quelle hiérarchie de l’information ? l’ordre de présentation est-il en partie double ou en partie simple, selon un ordre chronologique selon le calendrier, un ordre topographique selon les lieux d’intervention, un ordre prosopographique selon les créanciers et les débiteurs ou un ordre typologique selon la nature des produits ?
- La (re)mise en contexte : les comptes ne sont pas isolés mais participent d’une logique administrative d’ensemble de l’institution émettrice qu’il faut savoir restituer non seulement à partir de l’analyse des références explicites aux chartriers, terriers, actes notariés et autres comptes, mais aussi à partir des manques ou des évolutions dans la composition générale du fonds d’archives : par exemple, les comptes voisinent-ils, excluent-ils ou remplacent-ils les censiers ? Il faut privilégier les « lieux et les temps de contacts » entre institutions, tels le prince et ses vassaux, le passage entre les Capétiens et les Valois…

- Discussion

DÉFINITION DU PROGRAMME COMMUN
- 4 axes techniques et descriptifs et donc 4 séances de travail sont programmés :

  • 1 - Codicologie des comptabilités ou analyse des aspects matériels et donc des conditions d’exécution.
  • 2 - Diplomatique des comptabilités ou analyse des mots et de l’organisation de l’information, donc des buts de la comptabilité.
  • 3 - Quantométrie des comptabilités ou analyse des chiffres, donc des savoirs et savoirs faire mathématiques et comptables.
  • 4 - Prosopographie des comptables ou analyse de leur formation, de la mise en place et de la diffusion des modèles.
  • Une 5e séance est indispensable pour restituer la chaîne opératoire du travail du comptable et sa (re)mise en contexte : elle prendrait la forme d’un colloque international associant des rapports généraux sur les travaux du groupe à des communications « externes » pour élargir au moins ponctuellement les champs culturels et chronologiques.

MISE AU POINT DE LA GRILLE D’ANALYSE COMMUNE

Il convient de revisiter en commun cette grille et de la préciser dans le détail pour proposer à chaque participant un guide d’analyse et un « bordereau de saisies » : une réunion de travail est nécessaire.

3. Communication de Martine Aubry (IRHiS), Approche bibliographique des comptabilités médiévales.
Présentation commentée de la base de données bibliographiques « comptabilités » élaborée sous Filemaker pro et placée « en ligne » sur le site de l’IRHiS : Accès au site

- Discussion :

LES RENCONTRES

4 TABLES RONDES 2009-2012 :

  • 1 - Codicologie à Paris : organisée par le LAMOP et Paris 1 (Olivier Matteoni) en octobre 2009
  • 2 - Diplomatique en 2010 (QUI ?)
  • 3 - Quantométrie en 2011 ( QUI ?)
  • 4 - Prosopographie en 2012 (QUI ?)

1 COLLOQUE INTERNATIONAL en 2013 (Où ?)

LA RECHERCHE DES FINANCEMENTS

Les institutions des participants, l’ANR, l’EUROPE et le RÉSEAU MSH de Dijon, Tours, Lille ont été évoqués

LA FINALISATION

  • UN SITE INTERNET hébergé par l’IRHiS, à bâtir et à ouvrir au public comprenant la présentation du projet d’étude et le calendrier des activités du groupe, la carte de visite des participants (identité, fonction et institution de rattachement, projet d’étude et bibliographie personnelle sur les comptabilités), la bibliographie générale sur les comptabilités, les outils de dépouillement et les bonnes adresses.
  • UNE REVUE EN LIGNE LABELISÉE REVUES.ORG avec éditions de documents et textes de nos tables rondes mais pas seulement : ouvrir à toute autre période et à des collaborations extérieures
  • LE LIVRE rendant compte des travaux du colloque international final.