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BIOGRAPHIES DES FIGURES EMBLÉMATIQUES DE L'UNIVERSITÉ


PASCAL PIERRE

Professeur de langue et littérature russes (1890-1983)


ÉTUDES
Lycée Janson-de-Sailly puis Louis le Grand ; admis à l’École normale supérieure en 1910 ; scolarité à l’École normale supérieure (1910-1913) ; licence ès lettres en 1911 ; part s’installer en Russie en 1911-1912 pour y écrire son mémoire de diplôme d’études supérieures sur Joseph de Maistre et la Russie ; agrégation des lettres en 1913 ; diplômé de l’École des langues orientales pour le russe (1913) ; rencontre avec le père Portal qui a fondé un Centre d’études russes en France ; doctorat ès lettres en Sorbonne en 1939.

PARCOURS PROFESSIONNEL
Officier, négociateur-interprète avec le gouvernement russe ; quitte l’armée française, séduit par la Révolution russe et reste en Russie bolchevique de 1917 à 1933 ; secrétaire du ministre des affaires étrangères du gouvernement bolchevique en Russie ; chercheur en URSS ; Édouard Herriot arrange son retour en France en 1934 ;
chargé de cours (1er novembre 1936) puis maître de conférences (1er janvier 1937) de langue et littérature russes à la faculté des lettres de Lille ; professeur titulaire de langue et littérature russes à l’École nationale des langues orientales (1er mai 1937- 31 décembre 1950) ; chargé d’enseignement (décembre 1950), maître de conférences (31 mai 1951) puis professeur (23 juillet 1953) de langue, littérature et civilisation russes en Sorbonne ; retraite le 22 juillet 1960.

PRINCIPAUX OUVRAGES
Pages choisies de Lénine (3 vols, 1926) ; La prise de Jérusalem de Josèphe le Juif (traduction du vieux russe, deux tomes, 250 et 278 p., 1935) ; La vie de l’archiprêtre Avvakum, écrite par lui-même (1938) ; L’archiprêtre Avvakum et les débuts du raskol : la crise religieuse au XVIIe s. en Russie (sa thèse en 1939) ; Histoire de la Russie des origines à 1917 (1946) ; Cours de russe ; Ostrovski : le songe de Makar (texte et notes, 1949) ; Nicolas Gogol et les Ames mortes (traduction avec notes, 1957) ; traduction de Tolstoï (Les Cosaques, la Guerre et la paix), de Dostoïevski (Les Nuits blanches, L’adolescent, Les Frères Karamazov, Crimes et Châtiments) ; La littérature russe ; nombreux articles dans les revues spécialisées.

REMARQUES COMPLÉMENTAIRES
Milite contre la loi des trois ans en 1913 ; a beaucoup d’amis catholiques au Sillon ; tala enthousiaste à l’École normale supérieure ; en révolte contre « la mesquinerie bourgeoise » (Annuaire de l’École normale supérieure). Mobilisé le 2 août 1914, il est blessé par un éclat d’obus le 7 septembre 1914 ; il part ensuite pour l’Armée d’Orient (Les Dardanelles) ; blessé par balle le 24 juin 1915, il est ensuite envoyé en Russie comme attaché à la Mission militaire française auprès du grand commandement général russe (16 janvier 1916). Durant l’été 1917, le lieutenant Pascal part haranguer les soldats russes refusant de continuer le combat ; il participe aux négociations avec le nouveau gouvernement bolchevique ; la Mission française rentre ensuite en France mais pas lui qui reste en Russie avec une poignée d’anarchistes et de révoltés contre le système bourgeois. La Révolution bolchevique lui apparaît tout d’abord comme la revanche des gueux ; il devient le secrétaire du ministre des affaires étrangères Tichtcherine et se lie d’amitié à Moscou avec Boris Souvarine ; il épouse une dactolographe qui travaille à la IIIe Internationale, fille d’un socialiste russe émigré à Marseille mais expulsé de France en 1918. Chaque été, il va cultiver « en commun » les tomates en Crimée. Mais les relations de Pierre Pascal avec le régime soviétique se dégradent ensuite rapidement. En 1924, une perquisition de la Tcheka est organisée à son domicile ; il se réfugie à l’Institut Marx-Engels et y travaille de façon intensive : classement les archives Gracchus Babeuf ; découverte de la vie de l’archiprêtre Avvakum écrite par lui-même (sa future thèse).
Le rapport pour son inscription sur la liste d’aptitude à l’Enseignement supérieur, daté du 6 novembre 1933 (Jules Legras) signale : « il est resté en Russie par curiosité sympathique pour une révolution établie sur un plan nouveau et quand il a vu comment elle tournait, il n’a plus eu la possibilité de revenir en France ».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Régime de Vichy surveille de près sa famille et demande de multiples renseignements. Une lettre du secrétariat général de la police, datée du 16 avril 1943, demande au ministre de l’Éducation nationale de « lui fournir dans le plus bref délai des renseignements concernant Madame Eugène Pascal, née Josselewitcz qui, russe d’origine (née à Rostov sur le Don, le 31 mai 1909) a été déchue de la nationalité française et qui demande maintenant que cette déchéance soit levée ». Le Ministère répond par un avis favorable qui concerne aussi le professeur Pascal : « ne fait pas de politique et rien ne permet de supposer chez lui un manque d’attrait à la personne du Maréchal Pétain et à son œuvre » (Archives nationales, F17 27756).

Les biographies présentées sont en majorité extraites du livre de
J.F. Condette, Les Lettrés de la république - dictionnaire biographique
[en ligne]