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AXE 3 - GUERRE, SÉCURITÉ(S), (DES)ORDRE(S) PUBLIC(S)

Animateurs : Catherine DENYS - Benjamin DERUELLE


Programme prévisionnel

S’inscrivant au carrefour de deux des perspectives de l’agenda de recherche européen, ce programme place au cœur de la réflexion, d’une part les interfaces et le continuum entre les phénomènes guerriers, conflictuels et sécuritaires et, d’autre part, la façon dont les guerres et conflits modèlent et renouvèlent les identités et les pratiques des sociétés du Nord-ouest européen. Guerres et conflits, a fortiori par temps de révolution, seront appréhendés comme de véritables matrices des temps ordinaires. D’où l’ambition de placer au cœur de l’analyse l’empreinte des conflits sur les paysages et les corps, les normes et les valeurs.
On accordera une attention particulière, mais sans exclusive, à l’échelle « eurorégionale » et ce, dans une perspective comparatiste et connectée à la dimension impériale et à l’histoire globale. Au vu du caractère transnational des enjeux, cet axe ambitionne d’être un vecteur privilégié pour travailler avec les universités de l’Europe du Nord-Ouest, à commencer par les universités britanniques (Hull, Leeds), néerlandaises (Leiden) et belges (Gand, CEGESOMA).
Il rend aussi nécessaire d’y ajouter les mondes extra-européens, ce qui nécessite de nouvelles forces et  l’impose comme une priorité dans les futurs recrutements de chercheurs et enseignants-chercheurs.
Si la Grande Guerre fera naturellement l’objet d’une attention particulière lors de ce quinquennal qui coïncide largement avec son centenaire, l’ambition est de replacer le premier conflit mondial dans le temps long, du Moyen Âge à nos jours, en le mettant en perspective et en l’interrogeant à la lumière d’autres conflits d’ampleur et prolongés qui ont particulièrement affecté la région, comme la guerre de Cent ans (Bertrand Schnerb), la guerre de Trente ans (Benjamin Deruelle, Catherine Denys), la guerre de succession d’Espagne (Benjamin Deruelle , Catherine Denys), les guerres révolutionnaires et impériales (Catherine Denys, Hervé Leuwers) et jusqu’à la Guerre froide en intégrant à l’analyse l’interface de la Mare Nostrum septentrionale, de la Manche à la Baltique (Jean de Préneuf, Sabine Dullin).

Trois thèmes sont déjà retenus :

1- La construction des identités militaires et combattantes envisagée sous l’angle de l’éthique (Bertrand Schnerb, Catherine Denys, Benjamin Deruelle, Jean de Préneuf), des relations et jeux de pouvoirs entre groupes sociaux (en lien avec le programme ADA de la MESH et Paris I, le SHD, l’Université de  Southampton), des  sexualités et masculinités (Florence Tamagne) et des représentations figurées de la guerre (François Robichon). Ce thème est  au cœur de la journée d’études « Être et devenir combattant : Réflexions pluridisciplinaires sur la figure du combattant de l’Antiquité à nos jours » organisée en octobre 2013 par Benjamin Deruelle qui interrogera la pluralité des définitions du combattant, les facteurs de l’engagement ainsi que les dynamiques de structuration de l’identité combattante (modes de recrutement et de préparation du corps et de l’esprit, expériences du combat et relation entre combattant et armement).

2- L’exception, laboratoire de l’ordinaire. Ce thème prolonge les recherches portant sur les expériences policières et judiciaires qui, élaborées en temps d’exception, marquent durablement l’histoire de la pensée, des institutions et des acteurs de l’ordre public (ANR Syspoe). Il envisage le moment d’exception (état de siège, blocus) comme matrice des temps ordinaires, en examinant la possible appropriation d’expériences élaborées, notamment en temps de Révolution, par les régimes qui rétablissent l’ordre post-révolutionnaire : police politique, justice d’exception mais aussi outils d’ordre public. Il prolonge également les réflexions proposées sur les justices de guerre, en proposant d’articuler les différentes formes de justice observables en temps de révolution : justice ordinaire, justice militaire, justice révolutionnaire, mais aussi justice « du peuple ». Il s’agirait d’étudier plus spécifiquement l’articulation entre ces formes de justice, leur concurrence possible ainsi que leurs influences réciproques, à quelques moments clés de l’histoire européenne des XVIIIe-XXe siècles.

3- Frontières, mobilités et interculturalités. Les questions toujours d’actualité de sécurité et de circulations (biens, valeurs et personnes) en temps de conflits et de paix y trouvent naturellement leur place : blocus, îles, pêche, contrebandes, prisonniers, réfugiés. La construction et la surveillance des frontières, la mise en œuvre des juridictions transnationales (extradition, exil, circulations migratoires) y seront plus particulièrement analysées à l’échelle de l’Europe et des mondes coloniaux. Le programme mis en œuvre par Sabine Dullin sur la transgression des frontières (en collaboration avec Lille 2 et ULB Bruxelles) devrait s’élargir aux questions de justices internationales et de coopération policière.
La frontière est enfin lieu de passage et d’échanges. L’IRHiS entend renforcer ses relations avec le laboratoire CECILLE, porteur d’un programme de recherches sur l’interculturalité, et renforcer son engagement dans le master Erasmus Mundus « Médiation interculturelle : identités, mobilités, conflits ». Le champ de la médiation, encore peu traité par les historiens, serait une ouverture dans ce domaine déjà investi par d’autres sciences sociales et par les institutions culturelles.


CNRS