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LES FAMILLES
LEUR MÉMOIRE PHOTOGRAPHIQUE
LA MISE EN SCÈNE DES APPARENCES




Une exposition virtuelle est en cours de réalisation - Projet Beta en ligne

La plupart des familles conservent des traces de leur passé sous forme de photos.
Mais comment les conserve-t-on ? Comment les exploite-t-on ? Jouent-elles un rôle dans la cohésion familiale ?
Grâce à la numérisation, les photographies deviennent aujourd'hui des documents "historiques" et ethnographiques à part entière, au même titre que les archives écrites.
L'étude présentée a été faite sur un échantillon de photos et il révèle un certain nombre de mise en scène de l'apparence ordinaire.

Les familles et leur mémoire photographique

Au moment de la collecte de clichés conservés dans les archives familiales, on doit être attentifs à divers éléments qui sont autant d’indices socio-ethnographiques du lien qu’entretient une famille avec sa propre mémoire photographique. Celle-ci peut aussi faire défaut pour des raisons liées au contexte historique (destruction de guerre) ou familial (divorces, remariages, etc.).

Lieu de rangement des photographies dans la maison

- La pièce (grenier, chambre des parents, chambre des enfants qui ont quitté la maison)
- Le meuble (armoire, placard, commode, secrétaire, valise...)

Mode de rangement et de classement des photographies

* dans un album photographique
- album ancien, constitué du vivant des personnes photographiées, albums spécifiques réalisés à l'occasion du mariage

- album plus récent, constitué par les descendants à partir de clichés familiaux anciens
- album achevé ou inachevé
- album numérique

* dans une boîte
- enveloppe usagée, neuve, boîtes de cartes de visite, sachets plastiques transparents, pochette de laboratoire photographique
- avec quelques autres objets : médailles, diplômes, menus de banquet, pièces de monnaie, etc.

L'usage de la photographie

- retouche, colorisation de la photographie
- trace de punaisage, trace d'encadrement, traces de plus, photographies découpées (pour mettre dans un médaillon)
- photo familiale transformée en carte postale, en dos de miroir de sac à main, en tableau votif...
- correspondance au verso
- mention ou non des noms, dates et lieux
- gribouillages faits sur les photographies

Les gardiens de la mémoire

- Qui conserve les photographies anciennes dans la famille ?
- Qui entretient cette mémoire photographique ?

Les espaces de la mise en scène

- Le studio photographique (avec ses décors, ses accessoires, les retouches)

AUB72
- Les espaces publics extérieurs (place, rue, jardin, stade, cour d'école...) et intérieurs (café, salle de spectacle...)
- L'espace privé extérieur (devant la maison, devant la grange, dans la cour...) et intérieur (scènes familiales dans les pièces d'habitat)

Approche ethnographique et historique des photos de famille
            Les âges de la vie

La mise en scène des apparences

L'enquête et son développement

La mémoire et la connaissance du patrimoine d’un groupe humain ne passent pas uniquement par la conservation et la valorisation des lieux qu’il a bâtis et fréquentés ni par celle des produits de son activité économique, artistique, culturelle, administrative ou intellectuelle.

Les hommes sont aussi en eux-mêmes leur propre patrimoine.
Les images visuelles qu’ils ont laissées d’eux-mêmes, dans la vie privée comme dans la vie publique sont autant de traces de leur existence et de leurs activités. L’invention de la photographie a permis la multiplication et la diffusion de ces images, tous les milieux sociaux finissant par être représentés et touchés par la pratique photographique. Support matériel et vecteur de l’image de soi que le photographe ou les sujets eux-mêmes mettent en scène, l’image photographique restitue l’être humain dans son corps, dans ses postures et ses gestes ainsi que dans le monde, son « monde » tant matériel que symbolique, dans lequel le cliché l’a figé. Elle permet d’appréhender les apparences, c’est-à-dire l’ensemble des signes corporels et matériels perceptibles par les sens, et parmi eux essentiellement celui de la vue, sens privilégié de la modernité.

Ex: Exemple d'analyse d'images et comparatif entre deux régions

Gravelines (Nord)
Guéret (Creuse)
ISA134

Décor : Arrière plan faux décor (fenêtre, tentures, tapis), chaise paillée
Pose : Debout, Enfant sur la chaise, Mère et fille regardent dans la même direction et tiennent leur sac ou missel dans la même main, avec la même position du bras gauche
Habillement :
Mère : Robe noire habillée, chapeau à plumes, médailles, sac à main
Enfant garçon : Costume marin, béret, sifflet, bottines lacées
Fille : Robe blanche, gants, aumonière de communiante, chapeau, missel
Contexte : Cliché pris le lendemain de la communion solennelle de la fillette, alors que le père est prisonnier en Prusse (Photo souvenir)
Genre : Mère et enfants
Type : Photographie
Photographe : non mentionné
Identité : Famille Baude - Sagot - Zonnekindt
Date : 13 mai 1917

Décor : Arrière plan faux décor (porte-fenêtre, verdure, marches), chaise paillée
Pose : Debout, Enfant sur la chaise. Père et mère de part et d'autre de l'enfant
Habillement :
Père : Costume 3 pièces, cravate, pochette
Mère : Beau manteau, écharpe blanche, chapeau cloche style 1925, bagues, orchidées à la boutonnière
Enfant : En blanc, robe, sur-robe en tricot avec plumes aux manches, chaîne avec médaille, gourmette, bas, bottines lacées, fleur en rappel de celle de la mère
Contexte : Cliché pris à l'occasion d'un mariage d'un membre de la famille proche à Guéret dans la Creuse, alors qu'ils habitent à Paris.
Genre : Parents et enfant
Type : Photographie
Photographe : De Nussac - Guéret (Creuse)
Identité : Famille Cabot - Chassaing
Date : 1928-1929

 

Les types de photographies

À lire :
Photos de familles. Un roman de l'album, Anne-Marie Garat
Tout un chacun a au moins une fois feuilleté ce livre, consulté ses pages familières : l’album de famille. Vieilles photos, classées et légendées, ou jetées en vrac dans les tiroirs, les boîtes en carton, images de rien vouées à la conservation dévote, ou à l’abandon, l’oubli… Si la pratique sociale de la photo d’anonymes a longtemps été ignorée, voire méprisée, et sa production dépréciée comme genre populaire sans qualités, c’est que ce livre d’images anodines, souvent indigentes, relate l’ordinaire de la vie, chronique sa répétitive banalité. Or, sous son dehors normé et ses rituels, l’album cèle un récit violent, d’amour et de mort : le roman familial s’écrit en chambre noire.
Car la photo de famille obéit à la mémoire de soi et des siens, interroge l’autobiographie. Elle convoque l’origine, la filiation, l’appartenance et l’identité. Hantée par le secret, l’absence et la présence – leur puissance imaginaire –, elle établit un des liens les plus intenses avec l’histoire privée et l’histoire collective, dont le souvenir mué en fiction se construit à travers ces images, investies du pouvoir d’invoquer les fantômes. De l’argentique au numérique, une mutation profonde s’opère, transformant notre rapport à cette archive et lieu de mémoire ; occasion d’interroger les nouvelles images de l’album de famille…

Christine Bard, « Les photographies de famille commentées : une source sur l’habillement dans les classes populaires », Apparence(s) [Online], 1 | 2007, Online since 01 juin 2007, Connection on 01 novembre 2014. URL : http://apparences.revues.org/79


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