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COMPTES RENDUS DE JOURNÉES D'ÉTUDES

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Patrimoines, Musées & Identités territoriales [Journée du 29 mai 2009] -

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Conclusions : Quelles leçons tirer de cette journée d’études ?
Nul besoin de vous dire qu’un tel exercice de synthèse n’est pas chose facile. Les échanges ont été riches en points de vues différents et complémentaires. Les cinq thèmes auraient très bien pu faire l’objet d’un colloque. Difficile donc de résumer ces communications. Nous nous sommes attachés plutôt à extraire les questions qui émergeaient des échanges.

Introduction
Après l'ouverture de la Journée d'Études par Michel Crubelier, vice-président à la Recherche de l'Université de Lille 3, et Daniel Dubuisson, directeur du laboratoire IRHIS-Lille 3, Anne-Marie Legaré, organisatrice de cette journée avec la participation de Philippe Dubé et Yves Bergeron, se réjouit d'accueillir à l'Université de Lille 3 une délégation importante de collègues canadiens, européens et français, spécialistes de muséologie et de mise en valeur du patrimoine. Cette réunion concrétise un rêve égoïste mais répond surtout aux souhaits de nombreux étudiants du Master professionnel « Gestion de sites du Patrimoine » et du Master recherche de Lille 3 de développer les échanges avec les institutions québécoises, canadiennes et européennes qui proposent des programmes de formation supérieure dans ces domaines. Elle remercie également tous les collègues français et belges qui ont répondu à l'invitation de venir exprimer leur vision de la thématique qui leur était
proposée.
Yves Bergeron lance la discussion en proposant l’exemple du processus de réflexion qui a conduit le Groupe-Conseil à proposer une politique du patrimoine pour la Ministre de la Culture et des Communications du Québec en 1999-2000, rappelant la place accordée au patrimoine immatériel et notamment à la langue. Il attire l’attention sur la prise en compte de la notion de paysage dans ce projet de politique du patrimoine. Les musées sont devenus aujourd’hui des marqueurs identitaires dans l’espace culturenord-américain de sorte que les nouvelles frontières ne sont plus territoriales, mais culturelles. À son avis, le rôle des musées dépasse de loin les trois grandes fonctions définies par ICOM. Il termine en posant la question suivante : Quelles sont nos responsabilités comme universités à l’égard de la formation en patrimoine et en muséologie ?
Philippe Dubé, pour sa part, propose une réflexion sur les trois concepts retenus : « Patrimoines », « Musées » et « Identités ».

« Au départ, on pourrait dire que le musée est fondamentalement une institution de distanciation, pur produit du cartésianisme, et il est plus qu’étonnant de le voir aujourd’hui associé à des entreprises identitaires qui se caractérisent par une posture d’un faire-corps communautaire et collectif, une sorte de lieu de communion, dirait Régis Debray. Alors qu’au contraire, le musée des origines, celui de la modernité, souhaitait une distance «critique» reconnue comme salutaire, voire même nécessaire au regard des Lumières et qui devait jusqu’à déconstruire cette identité, régionale, provinciale, voire nationale. Cette déconstruction de l’identité, souvent perçue comme un atavisme, se faisait au profit d’un universalisme libérateur permettant d’accéder à des valeurs plus largement partagées, comme les droits de l’Homme ou ceux plus récents de la Personne.
De plus, rarement le musée s’est fait l’échotier fidèle du territoire, ce lieu de synthèse qui, idéalement, permettrait de saisir d’emblée l’espace dans lequel évolue une communauté humaine. L’écomuséologie – on devrait plutôt parler d'échomuséologie – s’y acharne et y laboure depuis plus de quarante ans mais sans y réussir pleinement. De fait, nous préférons parler aujourd’hui de «musée de société» comme étant une version soft du premier et se voulant être, en somme, le miroir du lieu plutôt que d’agir comme l’agent de changement social et communautaire d’hier.
En ce qui a trait au patrimoine, le musée en est le gardien officiel avant toutes choses, son metteur en valeur en titre, dont le mandat est de transmettre tant sur un temps long (conservation) que sur un temps court (exposition). Quand on les conjugue tous les trois ensemble – Identité, Territoire et Patrimoine – on comprend davantage que l’équation ne va pas toujours de soi, notamment sous l’angle du musée. Vis-à-vis des phénomènes comme la dé-localisation du patrimoine, je le rappelle, à l’encontre des principes et des préceptes énoncés par Quatremère de Quincy (1755-1849), on note depuis longtemps, depuis en fait la collection Elgin jusqu’au Louvre à Abou Dhabi, que c’est toujours le même procédé qui se met en action : le patrimoine se déplace dans l’espace et dans le temps au gré des modes, des goûts (ce qui est un peu la même chose), des moyens financiers et des régimes d’historicité, dirait Hartog. C’est aussi Malraux qui reconnaît dans son Musée imaginaire que chaque période voit des objets que d’autres ne voient pas1.
Nous allons donc profiter de cette Journée d’étude pour approfondir cette question récurrente à travers l’Histoire, et la mettre ultimement en rapport aux formations. Voilà que le musée, institution élastique s’il en est une, cherche ses repères, ses marques comme on dit, dans un contexte de profond changement sociétal (on le déclame à satiété). Et ce, même si on répète sans cesse le même processus depuis des siècles à savoir: sauvegarder un patrimoine au nom de nobles objectifs d’objectivité, liés à l’étude et à la transmission, en retirant radicalement (de leurs racines) des éléments qui se trouvent dans des conditions précaires de conservation afin de leur procurer une pérennité (une sorte d’éternité) qui se transforme rapidement en notoriété pour l’institution qui les recueille. Prestige, savoir et pouvoir sont en quelque sorte, les trois mots-clés qui traduisent plus prosaïquement, mais peut-être plus fidèlement, la réalité de la plupart de nos musées. Dans ce contexte, nous aurions certainement intérêt à revoir nos stratégies d’enseignement et de recherche en les orientant différemment à partir d’éléments d’ancrage en force dans le milieu et le temps présent.
Nous aurons donc à traiter de ces questions tout au long de la Journée et je ne voudrais surtout pas anticiper sur ce qui sera dit. Laissons plutôt toutes les chances de faire émerger les véritables questions de nos débats, même si nous n’avons pas de véritables réponses. Notre part, celle des organisateurs, était de lancer une discussion probante sur des enjeux de l’heure parfaitement identifiables. La table est pour ainsi dire mise, à vous maintenant de jouer le jeu à travers les discussions que nous souhaitons des plus riches. »
Texte tiré de : Philippe Dubé, « Identité, Territoire et Patrimoine ».

Retenons que le patrimoine, sa définition et son importance varient selon les périodes et les espaces géographiques. On est donc face à un concept que l’on pourrait qualifier de relatif. Une question émerge de cette introduction : le public et les politiques sont-ils conscients de ces distinctions? Si oui, quelles sont les répercussions? Si non, quelles sont les conséquences?
De l’ensemble des communications, nous avons retenu trois observations. La première concerne la préoccupation unanime pour le patrimoine. Il semble bien que nous nous retrouvions présentement dans une vague de patrimonialisation de tous les aspects de la culture. Les sociétés, qu’elles soient européennes ou nord-américaines, cherchent de nouveaux marqueurs des identités nationales, régionales et locales. Les spécialistes (experts, scientifiques et érudits) se confrontent aux citoyens qui revendiquent leur propre vision du patrimoine.

La seconde observation met en scène deux pôles qui s’opposent et se répondent. La mondialisation tend à uniformiser les musées. On a évoqué les grandes expositions internationales qui circulent à travers le monde, les approches et les formes de médiations qui tendent à se ressembler peu importe le continent. C’est une réalité que nous observons tous et qui tend à donner une image lisse et uniforme de la culture. À l’opposé, on observe un mouvement de régionalisation de la culture qui s’exprime en réaction à la mondialisation. Les communautés locales et régionales tentent d’exprimer leur différence. Elles expriment le « nous » collectif. Ces communautés donnent une autre définition au patrimoine. Cette fois, le patrimoine n’est pas décrété par des spécialistes. Il est pris en charge par des non spécialistes qui sont persuadés de la valeur de ces nouveaux objets à conserver et à mettre en valeur.
3e observation. Les musées ont profondément changé au cours des deux dernières décennies et cette phase de transformation ne semble pas terminée. Les modes de gestion et de diffusion des musées se complexifient en raison des nouvelles formes de patrimoines dont ils héritent. Tous s’entendent pour reconnaître la valeur du patrimoine immatériel, mais peu de musées arrivent à collecter, conserver et diffuser ces formes nouvelles de patrimoine culturel.

1er séance
LE LOUVRE À LENS

Ainsi que l'a rappelé François Vaysse, le monde des musées en France comme en Amérique vit des transformations profondes. L’approche marketing des musées touche tous les musées. On observe d’ailleurs que les musées se rapprochent des gouvernements qui les ont créés. À cet égard, le cas du Louvre à Lens pose bien la problématique du rapport entre le musée et l’identité locale et régionale. Nous sommes en face d’un exemple particulier où un trésor national est délocalisé. Il ne s’agit pourtant pas d’un phénomène nouveau car au moment de la création du Louvre, la République prévoyait déjà créer des musées dans les provinces de France et d’y présenter les collections nationalisées. Ce qui est nouveau ici, c’est plutôt l’idée de créer un autre musée qui porte le nom du Louvre. Assiste-t-on à la création d’une nouvelle marque de commerce ?
La venue d’un grand musée national dans une région présentant des collections universelles crée des tensions dans le réseau des institutions culturelles régionales. Nous pourrions donner l’exemple du Musée de la civilisation à Québec qui, lors de son ouverture en 1988, a créé de pareilles tensions dans le monde des musées québécois. L’arrivée d’un musée national fut abondamment critiquée avant et pendant son ouverture. Cependant, le succès public sans précédent au Canada (750 000 visiteurs la première année) a inversé la tendance. Le Musée de la civilisation et son approche unique est rapidement devenu un musée de référence. Dans le cas du Louvre à Lens, on peut se demander qui a raison ? Tous les points de vues se défendent. En fait, seul le temps en décidera car ce sont les publics qui tranchent. Avons-nous besoin de rappeler le cas très médiatisé du Quai Branly qui a soulevé tant de controverse en France et ailleurs dans le monde ?
On a mesuré avec André Dubuc le poids majeur du Centre historique minier de Lewarde en matière d’identité locale. L’évocation de la mémoire noire de la région est particulièrement révélatrice du rôle que peut jouer un musée.
Au-delà du projet du Louvre à Lens, il faut noter la place importante des petits musées non labellisés qui témoignent d’autres mémoires comme celle du textile et des champs de bataille. Ces petites institutions qui accueillent des dizaine de milliers de visiteurs reposent sur des structures de bénévolat et d’engagement des communautés.
Au milieu de cette configuration du paysage muséal régional, s’implante un nouveau musée dont les collections et le propos concernent plutôt le patrimoine et l’histoire universelle.
À la lumière des exposés, on peut se demander ce que devient l’identité territoriale en présence des forces locales et extra-locales ? Comment se situent les institutions les unes par rapport aux autres ? Quels effets aura cette nouvelle dynamique sur la région ? Est-ce qu’on assiste à un nouvel exemple de mondialisation de la culture ? Que retiendra le visiteur sur ce qui tient à la fois du patrimoine régional et du patrimoine international ?

RECHERCHE

Fabienne Galangau nous a rappelé que le musée est acteur social autant qu’un lieu de conservation de la mémoire. Par ailleurs, on peut se demander si le musée ne se donne pas pour objectif de créer ou de recréer une mémoire collective ?
François Mairesse a attiré notre attention sur la qualité du réseau personnel du muséologue. Il y a là en effet des pistes pour cerner les relations avec le territoire local. À cet égard, les chercheurs-amateurs (au sens de curieux) ont un rôle à jouer. L'idée que la recherche peut être associée au don, voilà une piste à développer. Pourquoi ne pas étudier les conservateurs ou les muséologues comme on le fait en anthropologie ? Pensons au roman «Un tout petit monde» de David Lodge sur un réseau d’universitaires qui participent à des colloques internationaux.
Le thème de la recherche dans les musées mérite en soi un colloque. Nous pourrions mesurer toute l’étendue des problèmes et des difficultés qu’elle pose dans un milieu où l'axe prioritaire va sur la recherche appliquée ou la recherche-action. En identifiant la variété des situations des questions et des problèmes, nous pourrions faire le point sur les acquis en recherche pour la discipline de manière à nous donner des balises. Il y aurait lieu de nuancer recherche fondamentale et recherche appliquée.

PUBLICS

Jacqueline Eidelman débute son intervention en précisant qu’à son avis deux questions ont traversé les discussions : Est-ce que le musée fait du bien ? Est-ce que la recherche en muséologie est une recherche post-académique? Elle poursuit en précisant que les musées sont aussi pluriels que les publics, de sorte qu’il est essentiel de tenir compte des pratiques culturelles. À ses yeux, il est essentiel de nuancer les résultats et d’appréhender les publics qui demeurent complexes sans tomber dans les généralisations.
L’exemple de la Cité des sciences pour l’accompagnement personnalisé des visiteurs grâce à l’utilisation de la technologie pour l’étude des publics s’est révélé fort prometteur. Est-ce qu’on connaît d’autres modes d’accompagnement ayant des modalités différentes ? Quelles sont les retombées de ces moyens ? À t-on mesuré l’effet facilitateur et l’effet inhibiteur de la foule ?
Le thème de la démocratisation de la culture et des musées a traversé plusieurs communications. Jacqueline Eidelman aborde cette délicate question à travers l’enquête qu’elle a menée sur les musées et monuments en France. Elle évoque les effets de la gratuité sur les pratiques culturelles de certaines catégories de visiteurs et elle rappelle les différentes logiques. Il y aurait eu lieu de questionner François Mairesse qui a écrit un essai sur cette question. À ce chapitre, nous aimerions souligner que la vaste enquête menée par l’Observatoire de la culture et des Communications du Québec sur l’État des lieux du patrimoine a révélé des résultats surprenants (voir p. 22-29 : http://www.stat.gouv.qc.ca/observatoire/publicat_obs/pdf/cahier3etatdeslieux.pdf). En analysant la structure financière de l’ensemble des musées, on a découvert qu’une dizaine de musées sur 430 généraient des revenus significatifs de billetterie. Pour les autres musées (423), ils ne couvrent pas les investissements en personnel pour maintenir une billetterie. De plus, les revenus de billetterie des grands musées ne tiennent pas compte des coûts d’opération et des investissements en publicité pour attirer de nouveaux visiteurs. En fait, les revenus autonomes des musées se sont diversifiés (locations de salles, commandites, etc.). En somme, les revenus de billetterie sont un frein à la fréquentation pour les petits musées.

La question des études de publics pose des questions d’éthique de la part des musées. Les rapports sont-ils toujours accessibles ? Les données sont-t-elles toujours diffusées ? Y a-t-il un véritable partage des connaissances acquises ?

IMPLIQUER LES PERSONNELS

Dominique Ferriot a eu l’occasion au cours de sa carrière de travailler dans des institutions emblématiques du réseau des musées français comme le Creusot où la tradition française se révèle différente de la tradition britannique qui privilégie le bénévolat au sein de l’institution muséale. Précisons qu’au Québec la situation est particulière en offrant un exemple de métissage entre la tradition française et britannique.
Encore une fois, la thématique des personnels et des modes de gestion mériterait d’être fouillée. Il semble bien que les musées ont négligé l’étude des rapports humains au sein des musées.

ADAPTER LA FORMATION

À l’égard de la formation en muséologie en Amérique du Nord, Yves Bergeron et Nada Guzin ont dressé un portrait de la formation en fonction du réseau des musées canadiens qui se distingue du contexte européen. Un premier constat s’impose : le monde des musées s’est considérablement transformé depuis l’apparition des premiers de deuxième cycle en muséologie au Québec (1987-1988). Ces transformations débordent largement l’univers des musées nord-américains. À cet égard, il convient de distinguer les changements visibles et invisibles.
Les nouveaux musées attachent une attention particulière à l’architecture qui devient souvent une oeuvre plutôt qu’un édifice fonctionnel destiné à la mise en exposition. L’accueil dans les musées s’inspire de l’approche client en marketing en privilégiant la convivialité.
Les principes de la nouvelle muséologie ne sont pas étrangers à la vague de démocratisation des musées que l’on observe depuis le milieu des années 1980. Pour attirer et fidéliser les publics, les musées multiplient les expositions internationales et itinérantes tout en diversifiant les partenariats de coproductions.
La présence des nouvelles technologies dans les musées s’observe dans la production des expositions, dans les multimédias, dans les structures d’accueil ainsi que dans la production des sites web et des expositions virtuelles.
Véronique Burnod souligne la nécessité d'introduire plus d'émotion de qualité au musée, ce qui ouvrira les portes des musées au plus grand nombre. En matière d'illusion muséographique virtuelle, tout semble techniquement possible, ou presque. En attendant que ces technologies encore trop onéreuses soient accessibles au quotidien, elle plaide pour un enseignement qui apprendrait à collaborer entre d'un côté des architectes (ou designers, etc) et, de l'autre, des historiens d'art (ou conservateurs). Par la même occasion, il y aurait des emplois à développer, car les élus sont preneurs, dès lors que le public répond présent.
Le musée comme institution publique est devenu un espace culturel qui regroupe différents réseaux d’intérêts. C’est d’ailleurs ce qui a conduit de nombreux musées à produire les expositions et des activités culturelles « hors les murs ».
Par ailleurs, certains changements invisibles aux yeux des visiteurs, n’en demeurent pas moins fondamentaux. Ainsi, on constate que les organigrammes officiels sont par définition hiérarchiques alors que les organigrammes informels, qui traduisent le fonctionnement réel des équipes sont horizontaux. Les professionnels (conservateurs, éducateurs, chargés de projets…) jouent un rôle encore plus important.
On observe que la formation du personnel des musées n’est plus disciplinaire et que l’interdisciplinarité est devenue le modèle de développement des nouveaux musées.
On constate par ailleurs que les musées accordent de plus en plus d’importance à la consolidation des réseaux internationaux.
Au chapitre de la conservation, on relève que les collections entrent dans une phase de redéfinition dans la mesure où les objets se diversifient et changent de formes et de supports. Les nouvelles réserves conservent de plus en plus d’oeuvres numériques. Par ailleurs, les musées se consacrent maintenant à la conservation d’objets immatériels. La vague de patrimonialisation qui traverse le monde a conduit les musées à rechercher, conserver et mettre en valeur les diverses formes du patrimoine immatériel définies par l’UNESCO (langues, traditions, coutumes,savoirs faire, etc…).
Jusqu’à maintenant, la formation en muséologie reposait sur les trois grandes fonctions traditionnelles que sont les collections (et conservation) la recherche et la diffusion. Pourtant, on a vu apparaître au cours des dernières décennies de nouvelles fonctions dans les musées. La fonction culturelle, par exemple, est devenue prédominante. C’est pourquoi l’éducation muséale et l’action culturelle occupent une place majeure depuis quelques années. Plus que jamais, la fonction politique devient visible dans l’actualité. Les projets de musées deviennent des projets de chefs d’État. Les musées deviennent des acteurs clés pour la définition des identités nationales, régionales et locales. On attend des musées qu’ils servent à intégrer les nouveaux arrivants à la culture nationale.
Le musée est devenu un espace multimédia, un diffuseur majeur de la culture sur le Web. Cette nouvelle voie entraîne la disparition des frontières territoriales au profit de nouvelles frontières culturelles. Paradoxalement, on note une quasi-absence de formation consacrée aux nouvelles technologies ou plus simplement à la cybermuséologie.
Il apparaît que la formation actuelle en muséologie en Europe comme en Amérique du Nord est encore axée sur les arts (anciens et art contemporain). Très peu d’étudiants proviennent d’histoire, d’archéologie, d’ethnologie ou de sciences alors que ces musées représentent la plus grande partie du réseau des institutions muséales.
Serge Chaumier a rappelé le contexte qui a conduit à la multiplication des masters professionnels en muséologie et patrimoine depuis quelques années (près de 300). À son avis, on ne peut former des milliers d’étudiants pour un secteur qui ne peut pas accueillir autant de nouveaux professionnels. Il a rappelé la nécessité de consolider les formations qui sont bien établies depuis plus de vingt ans et qui ont développé des liens de confiance avec les musées pour l’accueil des étudiants en stage.
Claire Merleau-Ponty a dressé une synthèse de l’histoire de l’École du Louvre qui est la plus ancienne institution à former les jeunes professionnels aux métiers de la culture, de l'art et du patrimoine depuis 1882. L’École offre des cours et des formations dans ses locaux du Louvre et dans d’autres villes en France et à l’étranger puisque l’École multiplie les partenariats internationaux.
André Gob a pour sa part rappelé que la thématique de la journée d’étude n’était pas nouvelle puisqu’elle était déjà discutée au XIXe siècle. Il semble bien que ces liens entre patrimoine et identité sont toujours d’actualité. Tout comme Sébastien Soubirant, André Gob croit que les collections universitaires devraient être au coeur des programmes de formation en muséologie de manière à décloisonner les approches disciplinaires. Il suggère par ailleurs d’ouvrir la formation professionnelle du côté des universités anglophones. De plus, il propose de mettre plutôt l’accent sur l’histoire que sur l’histoire de l’art de sorte que les étudiants auraient une meilleure compréhension de l’histoire culturelle.
Au-delà des différents points de vues exprimés dans les communications, il apparaît que la question de la formation en muséologie arrive à un moment clé. La question est de savoir si la muséologie reste encore une sous-discipline de l’histoire de l’art où si elle est en voie de devenir une discipline à part entière. En ce sens, une journée d’études comme celle-ci s’imposait. Il faudrait d’ailleurs poursuivre cette réflexion qui montre bien que chaque pays s’inscrit dans une tradition muséale qui lui est propre.
Colette Dufresne-Tassé
Yves Bergeron
Lille 29 mai 2009

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1. tiré de Melot Michel, « Qu'est-ce qu'un objet patrimonial ? », BBF, 2004, n° 5, p. 5-10 [en ligne] <http://bbf.enssib.fr/> Consulté le 30 mai 2009