Réformes et révolutions en Europe et aux Amériques : du Moyen Âge au XXe siècle
Une triple préoccupation justifie l’inscription de cette thématique au rang des projets transversaux de notre équipe de recherche :
Il relève d’une forte spécialité des chercheurs de notre université, des travaux sur « l’année des merveilles » (1566) à ceux récents sur la Révolution française illustrés par des initiatives et des publications reconnues par plusieurs thèses en cours ou par la richesse du fonds Georges Lefebvre.
Les orientations historiographiques récentes invitent à déployer des perspectives élargies et comparatives – et nous sommes notoirement bien placés pour mettre l’accent sur l’espace nord-ouest européen – à propos de ces processus de transformation plus ou moins accélérée, qui présentent à la fois d’étonnants invariants et des spécificités évidentes, des interrelations fortes et des singularités irréductibles.
Notre volonté – qui est aussi une originalité de nos recherches sur la Révolution – est de tenir ensemble les dimensions politiques, sociales et culturelles de ces dynamiques, ce qui justifie à plein la préférence accordée à une opération transversale.
Cette opération portera la réflexion sur quatre couples essentiels : réformes et révolutions, consentement et contestation, individus et collectivités, normes et pratiques. Elle s’attachera à une question directrice : Comment et pourquoi à différents moments et selon des scenari variés les volontés de réformes et les résistances se cristallisent-elles en dynamiques révolutionnaires ? Ainsi, nous entendons rapprocher divers épisodes contestataires qui jalonnent l’histoire régionale, européenne et américaine, des révoltes médiévales ou du XVIe siècle aux soulèvements du XXe siècle. Cette perspective supposera notamment des rapprochements entre les révolutions anglaises ou américaines, les mouvements des Pays-Bas du XVIe comme de la fin du XVIIIe, et bien sûr la Révolution française ou celles du XIXe siècle, mais aussi une reprise des débats sur ce qui fait la nature des révolutions, et sur la manière dont on peut appliquer le mot à des troubles anciens (XIVe-XVIIe) ou des mouvements qui échappent en partie aux définitions communes (Pays-Bas XVIIIe).
Cinq sujets seront ainsi particulièrement examinés : les paradoxes et les logiques de l’affirmation de l’individu, des fortes mobilisations collectives et de l’émergence de « nouveaux régimes » au temps des révolutions des XVIIIe et XIXe ; les processus en jeu dans le basculement de l’ordinaire ou de l’essai de réforme à « l’événement – rupture » dans les dynamiques révlutionnaires (rôle de l’information, des mots d’ordre, des aspirations au changement ou des refus, des prises de conscience de l’exceptionnalité de l’événement…) ; les interactions – ou pas - entre divergences d’intérêt, tensions sociales et engagement politique dans les mouvements contestataires et les jeux de pouvoir ; les échanges et les transferts entre les territoires et les peuples dans les réformes et les révolutions ; les expériences révolutionnaires comme rupture ou références cumulatives.
Outre les diverses recherches individuelles en cours, trois opérations sont d’ores et déjà envisagées : un séminaire semestriel de l’IRHiS sur certains de ces thèmes (notamment les deux derniers) ; un numéro thématique des Annales Historiques de la Révolution Française consacré aux enjeux sociaux des réformes et des révolutions en Europe des lumières au romantisme ; un colloque autour du thème de « De l’émotion à la Révolution : les scenari du basculement collectif du XIVe au XIXe s ».

